Mardi 10 novembre 2009
Un des problèmes rencontrés de façon récurrente lorsque l'on s'intéresse d'un point de vue sociologique au protestantisme évangélique, notamment pentecôtiste ou charismatique, réside dans la difficulté à évaluer numériquement, de façon fiable, les mouvements concernés. Les raisons en sont diverses : pour les responsables de certaines Eglises, seul compte le salut des âmes, le recensement des membres n'est pas une priorité, et ils ne se préoccupent pas  de connaître  leurs effectifs exacts. D'autres, parfois, avancent des chiffres qui laissent dubitatifs quant à l'intention prosélyte sous-jacente : la croissance de l'Eglise, mise en avant de façon  ostentatoire, est censée apporter la preuve du soutien divin à l'oeuvre d'évangélisation. Enfin, il est assez souvent difficile d'obtenir des précisions sur ce que recouvrent les chiffres en question : s'agit-il uniquement de membres professants, ou l'estimation inclut-elle les sympathisants qui fréquentent plus ou moins régulièrement les lieux de culte, ainsi que les enfants des fidèles?

Pour ce qui concerne le pentecôtisme en France, par exemple, les chiffres laissent un peu perplexe. A la fin des années 1980, selon Jean Baubérot 1, sur approximativement 98 300 membres effectifs, baptisés au sein de ces Eglises, 60 000 environ faisaient partie des Assemblées de Dieu (ADD), soit 61%, 35 000, soit 35,5%, de la Mission Evangélique Tzigane (née dans les années 1950 sous l'impulsion du pasteur des ADD, Clément Le Cossec (1921-2001) , la MET s'est séparée à l'amiable des ADD en 1968, mais a gardé d'étroites relations avec ces dernières), les quelques 3300 fidèles restants (soit 3,5% environ) appartenant à d'autres communautés pentecôtistes toutes tendances confondues.
Photo ci-contre : pasteur Le Cossec (en provenance du site www.clement-le-cossec.org)

Vingt ans après, la situation apparaît bien différente : il y aurait aujourd'hui en France au moins 200 000 pentecôtistes (au sens large, y compris les différentes tendances de la "troisième vague" charismatique. Ne sont pas inclus toutefois dans ce chiffre les dizaines de milliers de ressortissants étrangers au sein des centaines d'Eglises évangéliques issues de l'immigration, parfois dites "ethniques" qui sont, pour une large part, de type pentecôtiste-charismatique). Les ADD ne représenteraient plus que 40 000 membres baptisés sur 70 000 fidèles, selon S. Fath 2 (40 000 baptisés sur 117 000  personnes en tout - y compris sympathisants et enfants -  selon les ADD elles-mêmes. Source : service de presse FNADF, 2006). La MET, elle, revendique selon les sources entre 70 000 et 100 000 fidèles. Le reste se partageant, selon Sébastien Fath (qui retient le chiffre de 70 000 aussi bien pour les ADD que pour la MET) entre 30 000 personnes pour les autres Eglises pentecôtistes (Eglise de Dieu, Eglise Apostolique, Fédération Evangélique Missionnaire...) et  30 000 également pour les mouvements qu'il regroupe sous le terme de "nouveaux réseaux charismatiques" : Fédération des Eglises du Plein Evangile de France (FEPEF), Communauté des Eglises de l'Espace Francophone (CEEF), etc.

Cette évolution appelle plusieurs remarques. On note tout d'abord une "explosion" des mouvements pentecôtistes-charismatiques hors réseaux ADD et MET, dont les fidèles auraient été multipliés quasiment par 20 en l'espace de deux décennies, ce qui se vérifie effectivement sur le terrain.
Durant cette période, la MET, elle, aurait doublé, voire triplé ses effectifs, ce qui en ferait  actuellement la principale fédération d'Eglises pentecôtistes en France.
Mais la constatation la plus étonnante est le recul significatif du côté des ADD. Elles auraient perdu 20 000 baptisés en 20 ans et seraient ainsi passé, si l'on prend en compte ce nombre de membres professants pour établir un rapport en pourcentage, de leader du pentecôtisme français avec 61% du total à la fin des années 1980, à une place bien plus modeste avec un peu plus de 23% seulement aujourd'hui.

Quelles hypothèses avancer pour expliquer ce net fléchissement? Sébastien Fath en propose deux principales :  en premier lieu, un éventuel problème de comptage pour ce qui concerne les anciennes estimations. D'autre part, un réel "tassement" dû à la "routinisation" au sein de ces Eglises. Longtemps hégémoniques, les ADD ont vu naître, ces dernières décennies, parfois par scission, une nébuleuse de mouvements souvent plus effervescents qui lui font aujourd'hui concurrence. Cela a probablement entraîné la captation d'une partie des membres des ADD par ces nouveaux mouvements pentecôtistes et charismatiques qui, pour la plupart, ont émergé dans les années 1970 et ont connu une forte expansion à partir des années 1980. C'est la constatation que j'ai pu faire, d'ailleurs, au début des années 1990, au sein de la Mission du Plein Evangile - La Porte Ouverte Chrétienne de Mulhouse et Strasbourg : une partie de mes interlocuteurs de cette "Mega-Church" alsacienne dans la mouvance de  la "troisième vague" pentecôtiste-charismatique étaient d'anciens membres des ADD reprochant à leur précédente Eglise d'être en train de perdre "Le Feu de l'Esprit".

Les deux explications précédentes sont tout à fait probables. Toutefois, une troisième hypothèse me semble possible et mérite peut-être d'être prise en considération. Le chiffre de 40 000 membres baptisés avancé aujourd'hui ne concerne que la France métropolitaine. C'est là une certitude. Pour la France d'Outre-mer,  si l'on se réfère à des données datant de la fin des années 1990, il faudrait comptabiliser en plus environ 25 000 membres baptisés des ADD (peut-être 30 000 aujourd'hui), dont 20 000 pour la seule île de la Réunion3. La différence massive entre les chiffres des années 1980 et ceux d'aujourd'hui ne tiendrait-elle pas au fait qu'à l'époque l'estimation comprenait peut-être les fidèles des DOM-TOM? En effet, au tout début des années 1990, la Mission Salut et Guérison revendiquait 12 000 membres (Dans l'ouvrage autobiographique d'Aimé Cizeron, p. 162). En ajoutant quelques milliers de fidèles pour le reste de ce qui était à l'époque des DOM et des TOM, on est dans l'ordre de grandeur envisagé. A l'époque d'ailleurs, la Mission Salut et Guérison était encore considérée comme une implantation missionnaire. Actuellement, les ADD de la Réunion conservent certes des liens étroits avec les ADD de France, mais elles ont gagné une certaine autonomie sous le nom d'AMADR (Action Missionnaire des ADD de la Réunion).
Photo : Mission Salut et Guérison de Cilaos (Mare-Sèche), La Réunion (collection personnelle).


Dans le contexte mauricien

La situation n'apparaît pas plus claire, question chiffres, pour ce qui concerne les ADD mauriciennes. Sur le site de l'Action Missionnaire des ADD de France, on trouve successivement les estimations suivantes : 25 000 membres en 1997, entre 40 000 et 60 000 membres en 2001, 80 000 "Chrétiens" en 2002... A moins de supposer une croissance soudainement exponentielle de la Mission Salut et Guérison à Maurice, il faut bien admettre qu'il y a là un problème. D'autant que Paul Cazalda, le président de l'Action Missionnaire avançait, lui, en 2003, le chiffre de 30 000 fidèles dans la revue Pentecôte, éditée par les ADD de France (Pentecôte, avril 2003 : 24). Il est très probable que la différence, là, tient au fait de savoir s'il est question de membres effectifs, professants baptisés, ou si les chiffres revendiqués incluent les sympathisants et les enfants des fidèles. Selon moi, cela signifie que les ADD mauriciennes  comprennent aujourd'hui au moins 30 000 baptisés sur 70 000 fidèles en comptant sympathisants et enfants (ce dernier chiffre est celui avancé par les ADD mauriciennes elles-mêmes sur leur site internet).

Les  principaux concurrents de la Mission Salut et Guérison à Maurice, "La Voix de la Délivrance" et l'Eglise Chrétienne de Curepipe (un ancien groupe charismatique catholique né dans les années 1970 et constitué en Eglise évangélique indépendante en 1978) revendiquant respectivement 9700 et 1200 membres , on en arrive déjà à plus de 81 000 pentecôtistes sur l'île, sans compter les milliers d'autres qui fréquentent la multitude de petites Eglises apparues depuis deux décennies notamment dans les zones urbaines les plus pauvres (cf. photo ci-contre). Il est intéressant de constater qu'en 2000, le recensement gouvernemental ne faisait apparaître que 9641 membres pour "l'Assemblée de Dieu", 1304 pour la "Mission Salut et Guérison" et 3040 pour "l'Eglise pentecôtiste", à côté de 74 748 "Chrétiens" (à comparer aux 31 099 "Chrétiens" du recensement de 1990). Ces chiffres s'expliquent aisément lorsque l'on sait que ce recensement s'opère sur la base de l'auto-désignation religieuse. On a donc en fait 10 945 personnes qui se sont reconnues, ainsi que leur famille, comme membres des ADD (ou de la Mission Salut et Guérison, ce qui revient au même), d'autres, y compris  probablement plusieurs dizaines de milliers de fidèles des ADD, se désignant tout simplement, ainsi que cela s'observe très souvent chez les Evangéliques, comme "Chrétiens", ou comme appartenant à "l'Eglise pentecôtiste". Si l'on additionne tous les chiffres cités plus haut, on arrive à 88 733 personnes très probablement évangéliques (sur une population totale d'environ 1,2 mllions d'habitants), de tendance pentecôtiste ou charismatique pour la plupart, si l'on se fie aux observations que l'on peut faire sur le terrain . Cela correspond effectivement, grosso modo, aux chiffres avancés par les Eglises elles-mêmes. Rien d'étonnant alors à ce que la venue d'un prédicateur américain de la "troisième vague" pentecôtiste-charismatique comme Benny Hinn ait pu  attirer de 25 000 à 30 000 personnes deux soirs de suite dans un stade, le 5 et 6 juillet 2007 (cf. ici une vidéo de l'événement sur le site tvmaurice.com). Benny Hinn, fer de lance de la "théologie de la prospérité" avait été invité par un comité organisateur lié à la Fédération des Eglises Pentecôtistes Protestantes de Maurice qui rassemble 35 Eglises (non ADD) pour 7000 fidèles environ. Le président de cette fédération nouvellement apparue dans le paysage religieux mauricien est le révérend Vijay Appadoo, pasteur fondateur de la Peniel Christian Fellowship, une Eglise évangélique charismatique située à Coromandel.
Photos : Eglise "Centre Evangélique Charismatique" à Port-Louis. (en provenance du site pluralism.org); foule pour la prédication de Benny Hinn au stade Anjalay (L'Express de Maurice); Benny Hinn. (en provenance du site www.bennyhinn-mauritius.org).

Si la question de l'importance numérique de ces mouvements n'a pas de répercussion particulière sur le plan politique en France métropolitaine, pas plus qu'à la Réunion d'ailleurs, cela n'est pas le cas à l'île Maurice. Dans cette île caractérisée par le "communalisme"4, l'expansion pentecôtiste est succeptible,  à plus ou moins long terme, de bouleverser certains équilibres fragiles. Déjà, en 2002, un prêtre catholique du Clergé local, le P.  Henri Souchon, détaillant les statistiques  gouvernementales des divers recensements, nota la baisse de l'hindouisme (passé de 50,63% de la population en 1990 à 49,64% en 2000) et l'attribua en partie à l'attrait du pentecôtisme (ADD et autres Eglises). Il en tira la conclusion que les Hindous, n'ayant plus la majorité absolue, ne devaient plus avoir droit automatiquement à un Premier Ministre ou à d'autres postes importants.  Cette position, relayée par un journal local  (cf. ici), provoqua un tollé chez certains représentants de la communauté hindoue - à savoir les membres du Front Commun hindou - qui virent là une provocation et répliquèrent vertement par médias interposés (cf. ici). Cette analyse du P. Souchon quant à l'impact du pentecôtisme, y compris sur la population indienne hindouiste, est probablement assez exacte, à mon avis. Régulièrement, le prosélytisme de la Mission Salut et Guérison ou d'autres Eglises évangéliques charismatiques en direction des Mauriciens d'origine indienne est dénoncé en termes très virulents par certains mouvements, comme par exemple par les extrémistes de l'organisation Voice of Hindu qui ne reculent pas devant certains excès et même des actions violentes pour la défense de la religion hindoue.

 
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1. Baubérot J., Le protestantisme doit-il mourir?, Paris, Seuil, 1988. Cité par Raymond Pfister, Soixante ans de pentecôtisme en Alsace (1930-1990), Peter Lang, 1995 : 15).
2. Fath S., Du ghetto au réseau. Le protestantisme évangélique en France (1800-2005), Genève, Labor et Fidès, 2005 : 215.
3. Chiffre avancé en 1998 sur le site de l'Action Missionnaire des ADD de Dieu, cf. ici. Il est possible toutefois que depuis,  là aussi, la Mission ait enregistré un certain recul, dû, entre autres, à la concurrence accrue des autres Eglises évangéliques pentecôtistes et charismatiques en émergence, mais aussi à celle du Renouveau Charismatique local, et que cette estimation soit désormais à revoir à la baisse. Ainsi, en 2007, le pasteur David Cizeron, un des fils d'Aimé, n'estimait plus qu'à 15 000 le nombre de membres actifs des ADD de la Réunion, cf. ici.

4. Par ce terme, on entend, à Maurice, l'exacerbation des tensions entre des communautés séparées sur la base d'identités religieuses.


Par Bernard Boutter - Publié dans : pentecôtisme dans l'océan Indien
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Jeudi 29 octobre 2009
Qui, en France, connait Ardé Williams, la chanteuse pop-rock dont la photo figure ci-contre? Bien peu de monde, probablement. Elle dispose par contre d'une certaine notoriété en Afrique du Sud où elle réside, grâce à un premier album qui n'est pas passé totalement inaperçu, mais elle est connue aussi à l'île Maurice où elle est venue faire la promotion de ce disque en 2006. Elle avait même chanté pour l'occasion en duo avec Clarel Betsy, un artiste mauricien compositeur de ségas, aujourd'hui produit par le manager d'Ardé Williams (qui n'est autre qu'un des frères de celle-ci.) Quel est l'intérêt d'évoquer ici cette jeune femme dont le style musical s'apparente à celui d'Avril Lavigne (comparaison évoquée d'ailleurs sur son site officiel www.arde.co.za)? Tout simplement parce que Ardé - né Brigitte Mauvis en 1986 à Durban (Williams est son nom d'épouse) - n'est autre que la fille d'un pasteur qui joua un grand rôle dans l'expansion et surtout dans l'éclatement du pentecôtisme mauricien au cours des années 1970.

Il semble que les Mauvis constituent une vieille famille franco-mauricienne (les Franco-Mauriciens sont les descendants des riches planteurs français restés dans l'île après le passage de celle-ci sous domination britannique en 1810). Comme bon nombre de leurs compatriotes, certains membres de cette famille ont probablement émigré en Afrique du Sud durant la période de décolonisation de l'île (1947-1968), par peur de la prise de pouvoir par la majorité indienne hindouiste (prise de pouvoir qui eut lieu effectivement en 1968 au moment de l'accession à l'indépendance). C'est, semble-t-il, au début des années 1970 que Pierre Mauvis, un pasteur issu des Assemblées de Dieu sud-africaines, revient à Maurice, en compagnie de son épouse, Josianne. A partir de 1974, et ce pendant une dizaine d'années, il va prêcher un message évangélique s'écartant de celui des ADD, message inspiré par la "troisième vague" charismatique qui commence alors à se répandre dans le monde entier (sur cette "troisième vague" néo-pentecôtiste ou néo-charismatique, je me permets de renvoyer à la présentation claire et précise qu'en donne Sébastien Fath sur son blog, ici). Les prédications de Pierre Mauvis sont à l'origine d'une grande effervescence au sein du pentecôtisme mauricien qui commence à peine son expansion et qui traverse déjà une grave crise. Depuis 1972, en effet, les ADD mauriciennes sont livrées à elles-mêmes, le missionnaire Cizeron et les autres responsables français ayant été priés de quitter l'île. Pour Aimé Cizeron, la raison de cette expulsion tient à la désapprobation des autorités  devant les succès obtenus par la Mission Salut et Guérison en milieu hindou - telle est, en tout cas, l'explication qu'il avance dans son ouvrage autobiographique. Par la force des choses, des convertis mauriciens ont été obligés, dans la précipitation, d'accéder aux responsabilités dans l'Eglise naissante, Lindsay Nutcombe Blackburn prenant, encore jusqu'à aujourd'hui, la tête du mouvement.

Dans ce contexte, l'impact des prédications de Pierre Mauvis aboutit rapidement à l'apparition de dissidences issues des ADD, la plus importante d'entre elles donnant naissance à l'Eglise "La Voix de la Délivrance", aussi connue sous le nom de Full Gospel Church of God (Eglise de Dieu du Plein Evangile), car affiliée à la Full Gospel Church of God in Southern Africa, elle-même en lien avec la Church of God de Cleveland aux Etats-Unis. Ce fut le début de la pluralisation du paysage pentecôtiste-charismatique mauricien jusque-là monolithique, pluralisation qui s'est accéléré au cours des décennies suivantes. L'effervescence provoquée par P. Mauvis eut même des répercussions sur l'île de la Réunion par l'influence exercée par ce Réveil mauricien sur les pasteurs responsables des premières scissions en 1983-84 au sein de la Mission Salut et Guérison réunionnaise "maintenue" jusque-là de façon rigoureuse dans la ligne doctrinale des ADD par Aimé Cizeron.

Les Mauvis quittèrent l'île Maurice en 1996 avec leurs quatre enfants, dont Brigitte, la plus jeune, alors âgée de 10 ans, pour s'installer définitivement en Afrique du Sud. Des trois aînés - trois frères - un seul, Marc, a repris le "flambeau" paternel. Il est aujourd'hui prédicateur évangéliste dans une Eglise de Knoxville (Tennessee) : la Christian Family Church (CFC), implantation aux Etats Unis d'une dénomination "néo-pentecôtiste" créée en 1979 en Afrique du Sud par Théo et Beverly Wolmarans. Mais les autres enfants : Jean-Pierre, Bertrand (le manager d'Ardé) et Brigitte "Ardé" n'ont pas  pour autant rejeté l'héritage évangélique familial, comme en témoigne les liens sur leurs myspace et facebook pointant vers la CFC, notamment vers la CFC mauricienne, créée en 1999 sous le nom de Soteria Family Church (cf. par exemple, ici, sur un des facebook d'Ardé Williams)1.

Pour autant, et même si le passé familial mauricien d'Ardé fut évoqué plus ou moins en détail dans les journaux locaux à l'occasion du voyage promotionnel de la jeune chanteuse, celle-ci n'a pas cherché à se revendiquer  comme représentante d'un courant rock "chrétien". A l'inverse, l'interprète de la chanson élue "chanson de l'année 2005" à Maurice est bien connu - et se présente lui-même clairement - comme "évangélique" . Et les paroles de toutes ses compositions, y compris de celle intitulée "Let Me Fly" ayant rencontré le plus grand succès, expriment une foi "chrétienne" (évangélique) sans ambiguité. L'artiste, Jenkins Kheejoo, un "born again" Mauricien d'origine indienne connu sous le nom de "King" raconte d'ailleurs volontiers dans les médias la conversion qui, à l'âge de 17 ans, lui permit de changer de vie et de laisser derrière lui drogue et violence. Chanteur de gospel à l'origine, avec son groupe "Louanges de îles" (http://www.louanges-des-iles.com/ldi/) composé uniquement de jeunes évangéliques comme lui, il s'est assuré un succès national avec une musique plutôt dansante, influencée par l'électropop et le ragga, obtenant un audience dépassant largement la population protestante évangélique de l'île  (une grande majorité des 8,6%  de Chrétiens non-catholiques - principalement, selon mes estimations, pentecôtistes ou "néo-pentecôtistes" - recensés par le gouvernement en 2000) ou même la population chrétienne dans son ensemble (32,2% en 2000, dont 23.6% de Catholiques).

Son succès permet la diffusion dans l'ensemble de la population mauricienne, notamment hindouiste, de thèmes chrétiens. Il encourage également d'autres artistes à ne pas rester confinés dans les réseaux de diffusion évangéliques. C'est le cas de Jonathan Manou, un jeune Mauricien des Assemblées de Dieu, qui vit aujourd'hui en France, tout en se produisant en concert dans les Mascareignes (Maurice, Réunion). Jonathan Manou a été à l'origine de l'organisation d'un Festival Gospel en 2009 au Swami Vivekenanda Convention Centre de Pailles où se produisit entre autres une troupe de théatre des ADD mauriciennes. Des personnalités du gouvernement mauricien étaient présentes, ainsi que le président des ADD, le réverend Blackburn, qui fit même une intervention à l'entracte (http://www.jonathan-manou.com/presse.php).



Illustrations : Ardé Williams (en provenance du site www.arde.co.za); Jenkins Kheejoo (King)  (en provenance du site www.lemauricien.org); The Gospel Festival 2009  (en provenance du site www.festival-gospel.com).

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1. Rien d'étonnant à ce que les Mauvis, y compris Ardé elle-même, se soient clairement prononcés en faveur de Sarah Palin, la co-listière évangélique charismatique de McCain aux dernières élections américaines.


Par Bernard Boutter - Publié dans : pentecôtisme dans l'océan Indien
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Lundi 26 octobre 2009
Un montage de films d'époque retraçant les débuts de la Mission Salut et Guérison à l'île Maurice à partir de l'arrivée du pasteur Cizeron le 18 octobre 1967 peut être visionné sur le nouveau site des ADD de la Réunion (www.jesuslaporte.fr, rubrique Films-Vidéos, sous le titre : "Le réveil spirituel de l'île Maurice"). Ces archives d'un intérêt tout à fait exceptionnel sont commentées par une voix off qui reprend, sous une forme très résumée, le récit que le missionnaire fait de ces premiers mois dans son ouvrage autobiographique : Aimé Cizeron, pionnier de l'Océan Indien (Editions Vida, Deerfield, 1992), des premières réunions d'évangélisation publiques jusqu'aux services de baptême des nouveaux convertis.

Merci à Valérie Aubourg pour m'avoir inspiré l'idée de signaler ces vidéos sur mon blog.
Et merci à ceux qui m'ont témoigné leurs encouragements pour mes premiers pas dans la "blogosphère", par courriel, en laissant un message sur le site ou en mettant un lien sur leur propre blog  (notamment Y. Fer, S. Fath, F. Dejean, V. Aubourg...)
Par Bernard Boutter - Publié dans : pentecôtisme dans l'océan Indien
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Jeudi 22 octobre 2009


C'est ainsi que se sont fait connaître à La Réunion et à Maurice les Assemblées de Dieu (ADD), dénomination pentecôtiste "classique" implantée au milieu des années 60 par un missionnaire des ADD de France, Aimé Cizeron (1916-2003). Dans ma thèse, soutenue en 1999, ainsi que dans l'ouvrage qui en a résulté, paru en 2002, j'avais supposé que le choix de ce nom résultait d'une stratégie des responsables de l'Action Missionnaire -  influencés, peut-être par l'expérience des ADD sur le continent africain -, dans le but de rendre le message évangélique plus attractif auprès de la population locale. De nombreux Réunionnais (ou Mauriciens) sont en effet encore communément en quête de recours thérapeutiques auprès des divers systèmes magico-religieux insulaires. Or, selon Raymond Pfister, un théologien pentecôtiste des ADD de France, auteur d'une thèse et d'un ouvrage très documenté sur le pentecôtisme en Alsace, les lieux de culte français des ADD se sont longtemps dénommés ainsi, ce qui n'est plus du tout le cas aujourd'hui, la préférence en la matière allant à "Eglise évangélique de Pentecôte" ou "Eglise Evangélique" tout court (cf. "Les Assemblées de Dieu en Alsace, une expression classique du protestantisme français", 2000, accessible en ligne ici, note 19).

La raison en est probablement que l'association de ces thèmes du "salut" et de la "guérison divine" tenait une grande place dans les prédications de Douglas Scott.  Cet évangéliste anglais issu de l'Eglise d'Elim, auquel on doit la naissance des ADD de France au début des années 30 et par la même occasion le développement du pentecôtisme dans ce pays, a d'ailleurs écrit un ouvrage portant ce titre (publié en 1979 par les éditions Viens et Vois)...

Pour autant, si ce choix n'était pas, de fait, un "coup de génie" du pasteur Cizeron, à son arrivée dans l'océan Indien, puisque l'appellation était en usage également en métropole dans les début du mouvement, il est certain que l'emploi de ce nom, "Mission Salut et Guérison", en affinité avec les préoccupations locales, plus signifiant que "Assemblées de Dieu" ou "Eglises de Pentecôte", a contribué au succès des ADD à La Réunion (environ 20 000 fidèles revendiqués à l'orée de l'an 2000, soit 2,5% de la population insulaire. Peut-être moins aujourd'hui pour diverses raisons liées entre autres à la concurrence accrue dans le champ pentecôtiste charismatique) ou à Maurice (70 000 membres actuellement, soit environ 6% de la population totale pour 120 lieux de culte, selon le site des ADD mauriciennes, cf. ici, en sachant que le chiffre avancé comprend très probablement, à la différence de l'estimation pour la Réunion, les sympathisants et les enfants non-baptisés des fidèles).

Par Bernard Boutter - Publié dans : pentecôtisme dans l'océan Indien
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Jeudi 22 octobre 2009







Ce Colloque auquel je n'ai malheureusement pu être présent abordait des thèmes totalement en rapport avec mes propres travaux. Deux interventions faisaient d'ailleurs directement référence à ma recherche sur les Assemblées de Dieu de La Réunion : celle de la doctorante Valérie Aubourg, dont la thèse en cours, particulièrement prometteuse, sur les pentecôtismes et charismatismes dans cette île de l'océan Indien devrait largement compléter et mettre à jour les données recueillies lors de mes enquêtes de terrain à la fin des années 90, et celle de Bernard Champion, anthropologue de l'Université de La Réunion (qui a mis également sur son site une page de notes de lecture concernant mon ouvrage paru aux éditions L'Harmattan : en lien ici). A signaler aussi, notamment, la contribution d'André Mary sur les processus d'indigénisation et d'adaptation syncrétique des pentecôtismes à travers le monde, et celle de Danielle Palmyre, directrice de l'Institut Catholique de Maurice, sur la religion populaire dans cette île. Sans oublier la communication de Yannick Fer sur l'introduction de danses hawaiiennes lors des cultes à l'Eglise du Plein Evangile, représentante de la mouvance pentecôtiste-charismatique de type "troisième vague" en Polynésie Française.

Ce lien conduit à une page de résumés des communications. Pour certaines d'entre elles, le texte intégral est également disponible en ligne en cliquant sur les titres.
Par Bernard Boutter
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